Un art consommé de la communication visuelle

Armin Kane techno artiste, Texte de Jean PIRES


Le récent salon national des artistes plasticiens du Sénégal (du 10 au 24 décembre 2007) à la Galerie nationale d’art de Dakar a révélé aux visiteurs un lot d’artistes qui jusqu’alors étaient peu connus. Dans ce groupe Abdoulaye Armin Kane, un jeune talent qui signe ses œuvres sous l’acronyme « Minar ».
Il est venu présenter une vidéo intitulée « le rêve du masque », il s’agit d’une œuvre de 2,08mn qui aborde, dans le style de l’animation, l’univers onirique d’un masque. L’artiste fait preuve d’une bonne appropriation de l’outil informatique et des nouvelles technologies , ce qui lui permet justement de « façonner » l’image du masque que la personne non avertie voit comme un visage fermé, statique et donc certainement sans vie, même s’il est censé renvoyer à un symbole de vie .
La bonne intuition d’Abdoulaye Armin Kane et son habileté aidant, introduit une perception nouvelle du masque que l’on voyait jusqu’ici comme un objet figé. Il ouvre cette faculté qui réside en lui de pouvoir communiquer, il lui donne une autre audience par la magie des technologies modernes et le fait entrer par la grande porte dans le monde de l’audiovisuel et de la société de l’information.
Le masque a une vie, celle que lui donne l’artiste qui l’a conçue dans une société donnée et selon des traditions, une culture et des aspirations bien déterminées.
Le « façonnage » auquel Armin se livre dans son œuvre vidéographique « le rêve du masque » est en fait un prétexte. Le propos est ici de défendre une certaine authenticité, une identité, une personnalité qui appartient bien au masque africain, quelque soient les métamorphoses auxquelles il peut se prêter sous les manipulations.
Présentant son travail, Armin Kane avance « par ce rêve, ce masque africain nous a ouvert, il y a très longtemps, les portes vers …l’ouverture. Une ouverture vers l’autre, vers l’inconnu mais aussi vers un nouveau monde en mutation où chacun semble se mouvoir en quête d’un monde meilleur ou bien… d’un meilleur monde ».
En 1992, après son passage à l’Ecole nationale des Beaux-arts où il a fréquenté le département ENVIRONNEMENT, Abdoulaye Armin Kane en sort comme technicien en Environnement. Ce creuset de formation aux arts plastiques l’a pourtant prédisposé à plusieurs types d’expressions. Artiste peintre et sculpteur, en métal notamment, Armin se présente également comme un vidéaste (il a suivi une formation de designer PAO) et adepte des arts numériques.
Présent dans plusieurs expositions et salons à partir de 1996, il a particulièrement profité de la fréquentation d’autres artistes autodidactes au sein de l’Atelier des Jeunes Artistes de la Médina. Il y a réalisé en collaboration avec ses confrères une trentaine de tableaux sur le sujet de l’esclavage. Il s’agit d’une collection qui retrace l’histoire de la traite négrière en partant de la vie traditionnelle en Afrique jusqu’à l’arrivée aux Etats-Unis, le dur travail, les brimades et sévices en passant bien sûr par l’étape poignante de la chasse à l’homme à laquelle se livraient les négriers pour capturer les hommes noirs et les transporter dans la cale des bateaux jusqu’au Nouveau Monde. Réalisé sur fond de peinture, cette série sur l’esclavage qui fut présentée au centre culturel français en 1996, avait nécessité quatre années de travail.
Elle se particularise par l’effet de relief utilisé pour rendre plus réalistes les scènes.
Le résultat est une sorte de bas relief à l’effet visuel saisissant, donnant l’apparence du bronze.
Le but de ce travail, à l’époque était de « participer au devoir de mémoire, de transmettre l’histoire en tant qu’artiste plasticien, soutient Armin, qui est devenu aujourd’hui le dépositaire de ce travail.

Armin anime actuellement un atelier d’initiation aux arts plastiques dans une structure hospitalière pour les malades mentaux. Dans son cheminement riche en expérience il a commencé avec la peinture avec des ateliers de « patching » sur des textiles, lors de manifestations publique à la Médina, mais s’est plongé au contact de l’IFAN (UCAD) dans des sujets de réflexion à la faveur de l’expo « Intégration de l’Islam en Afrique occidentale ». Sa peinture est une harmonie de couleurs et de formes avec des compositions structurées comme une géométrie, l’influence du sculpteur est notable. C’est une sorte de référence au sujet de son mémoire de fin d’étude aux Beaux arts qui s’intitulait « Intégration de la sculpture dans l’environnement urbain ».
Impressionné par les œuvres de Georges Braque, Armin Kane est convaincu que les grandes idées ne meurent pas.
Concepteur dans l’âme, Armin compte présenter à la Biennale de 2008, une vidéo où il aborde la problématique de la distribution de l’énergie électrique et ses conséquences dans notre société. Il se fonde sur le vécu dakarois qui a été à une certaine période (cela arrive encore à l’improviste) très sujet à des coupures intempestives d’électricité particulièrement désastreuses à la tombée de la nuit.
Dans son imagination prolixe, et son esprit de concepteur en puissance, Armin envisage les différents problèmes occasionnés par ces coupures que l’on appelle « délestage » d’où le titre de ce film de 6mn. L’artiste a eu le souci de faire une œuvre audiovisuelle qui peut être perçue par tous. Proche des pulsations des gens, de son quartier, de sa ville et du monde qu’il veut découvrir, Armin revendique une africanité riche de sa diversité culturelle et qui est ouverte aux affluents des peuples du monde .

Par Jean PIRES, Journaliste au quotidien Le soleil, DAKAR


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